Une journée à Ornans et dans la vallée de la Loue, sur les pas de Courbet

Une journée à Ornans et dans la vallée de la Loue, sur les pas de Courbet

Il y a deux façons de rater Ornans. La première consiste à traverser la ville en voiture sur la route de Pontarlier, en jetant un œil distrait aux maisons qui plongent dans la Loue. La seconde, à n’y voir qu’un musée de peinture et à repartir après une heure de visite. La ville et sa vallée méritent une journée entière, construite autour d’une idée simple : regarder les tableaux de Gustave Courbet le matin, puis aller voir l’après-midi les paysages qu’il a peints, à quelques kilomètres de là.

Depuis Besançon, Ornans se rejoint facilement pour une sortie à la journée, dans la vallée de la Loue. Le mieux est d’arriver tôt et de garder l’après-midi pour la haute vallée, où la lumière tombe vite derrière les falaises.

Commencer par le musée, avant l’affluence

Le musée Courbet occupe l’hôtel Hébert, la maison natale du peintre, né à Ornans en 1819. Rénové et agrandi, il a rouvert en 2011 après environ trois ans de fermeture. La collection permanente compte une quarantaine de peintures et plusieurs sculptures, parmi lesquelles Le Chêne de Flagey, acquis en 2013. Prévoyez au moins une heure et demie si vous voulez regarder plutôt que survoler.

Avant d’entrer, gardez en tête que le tableau le plus célèbre lié à la ville, Un enterrement à Ornans, n’est pas ici. Il est conservé au musée d’Orsay, à Paris. Le musée d’Ornans joue une autre partition, plus intime, centrée sur le peintre dans son pays natal, ses rochers, ses rivières, ses scènes de chasse et ses proches. C’est justement ce qui prépare le mieux à la suite de la journée.

Côté pratique, le musée ferme le mardi et ses horaires sont réduits de novembre à mai. L’entrée est gratuite pour les moins de 18 ans, pour les étudiants de moins de 26 ans et, pour tout le monde, le premier dimanche du mois. La fiche consacrée au musée Courbet à Ornans détaille aussi les parkings gratuits et la ligne de bus qui relie la ville à Besançon et à Pontarlier. Le musée prête gratuitement poussettes, fauteuils et loupes, et un compagnon de visite sur smartphone existe en français, en anglais et en allemand. Hors saison, un coup d’œil au site officiel la veille reste prudent, des fermetures exceptionnelles étant parfois annoncées.

Ornans à pied, au fil de la rivière

En sortant, laissez la voiture où elle est et traversez la ville à pied. La vue la plus connue se prend depuis le pont. Les maisons anciennes y sont bâties au ras de l’eau, et leurs façades se reflètent dans la rivière quand le courant est calme. Ce décor vaut à Ornans son surnom de petite Venise comtoise.

Le peintre avait aussi son atelier en ville. Cet atelier forme, avec la ferme familiale de Flagey et la maison de la source de la Loue, un ensemble pensé pour relier les toiles aux lieux qui les ont inspirées. C’est le fil à suivre pour l’après-midi.

Pour le déroulé, l’enchaînement le plus confortable consiste à entrer au musée à l’ouverture, à flâner en ville avant midi, puis à déjeuner sur place pour prendre la route de la vallée en début d’après-midi. Sans voiture, Ornans se rejoint en bus depuis Besançon, mais la remontée jusqu’à la source se fait bien plus facilement en voiture, ou à vélo pour les jambes solides. La région vit du comté, et les fruitières vendent leur fromage au détail ; de quoi composer un pique-nique au bord de l’eau quand le temps s’y prête.

L’après-midi, remonter la Loue jusqu’à sa source

Depuis Ornans, la route remonte la vallée vers l’amont en suivant la rivière, au fond d’une entaille de plus en plus étroite. Elle traverse des villages serrés entre l’eau et la roche, comme Lods, puis Mouthier-Haute-Pierre, dont les cerisiers en fleurs blanchissent les pentes au printemps. Arrêtez-vous au moins une fois et marchez dans les ruelles, car depuis la route ces villages ne livrent presque rien.

La source se trouve un peu plus haut, au fond d’une reculée, à quelques minutes de marche du parking. L’eau jaillit d’une grotte au pied d’une falaise haute de plusieurs dizaines de mètres. Courbet l’a peinte à plusieurs reprises, et le décor n’a guère changé. On comprend vite ce que le peintre cherchait dans ces masses de roche sombre et cette eau qui sort de nulle part.

L’absinthe qui a trahi le secret de la source

Le lieu a aussi une histoire étonnante. En 1901, un incendie à l’usine Pernod de Pontarlier a provoqué le déversement d’une grande quantité d’absinthe dans le Doubs. Quelques jours plus tard, l’eau de la Loue prenait à sa source une couleur et une odeur anisées. L’épisode a apporté la preuve de ce que l’on soupçonnait, à savoir qu’une partie des eaux du Doubs se perd dans le calcaire du plateau et ressort ici.

Finir sur un belvédère, si la lumière le permet

En fin de journée, plusieurs belvédères dominent la vallée entre Mouthier et la source. C’est le moment de retrouver les tons des toiles vues le matin, les falaises claires, les sous-bois presque noirs, la rivière d’un vert profond. Si vous avez encore une heure, montez sur le plateau jusqu’à Flagey, où se trouve la ferme familiale des Courbet ; c’est dans ces environs que se dressait le chêne qui a donné son titre au tableau acquis par le musée.

Un dernier conseil, sur le calendrier. La source de la Loue est une résurgence, et son débit suit la pluie tombée sur le plateau. Après plusieurs semaines sèches, à la fin de l’été, elle peut sembler bien sage. Venez plutôt au printemps ou après un épisode pluvieux, quand l’eau sort de la grotte en grondant.